• Interview du président nigérien Mahamadou Issoufou qui en appelle à la communauté internationale face à la mainmise islamiste au Nord du Mali.

    Les islamistes du Nord-Mali se disent prêts à négocier avec le médiateur Compaoré, est-ce un progrès ? Croyez-vous que cette médiation puisse aboutir ?

    Dans la crise malienne, on avait toutes les options sur la table. Celle de la négociation, et puis celle du recours aux armes. Bien sûr, le recours aux armes ne peut intervenir que lorsque toutes les options auront été épuisées et surtout les négociations. Si les mouvements armés du Nord Mali sont prêts à négocier, nous ne voyons aucun inconvénient. D’ailleurs, nous avons mis en place un médiateur au niveau de la Cedeao en la personne du président du Burkina.

    Mais deux questions ne sont pas négociables : la première est la question de l’intégrité territoriale du Mali ; la seconde est le caractère laïc de la République du Mali. Si ces préalables sont satisfaits, tout est négociable. Et je suis heureux que des contacts soient déjà en cours avec le président du Burkina à Ouagadougou où il a reçu les différents mouvements armés.

    Demander à des islamistes de garder un caractère laïc à la République du Mali, n’est-ce pas illusoire ?

    - Aujourd’hui, le Mali est divisé en deux. Le Nord du pays est occupé par des djihadistes qui imposent la charia. Toute une population souffre et notamment les femmes. Allez à Gao ou àTombouctou ! Elles sont cloîtrées, on leur impose la burqa. Il n’y a plus de services publics, plus de services de santé, les enfants ne vont plus à l’école. Oui, il est urgent de sortir la population malienne de cette situation. Et oui, La question de la laïcité est une question clé.



    Y-a-t-il un danger de contagion au Niger ?

    - Le danger de contagion concerne tout le monde. Tous les pays de l’Afrique sont menacés et, au-delà, le monde entier. Cette menace djihadiste islamiste est une menace internationale. C’est pour cela que nous voulons une réponse internationale. Si les négociations n’aboutissent pas, il sera alors important qu’une résolution soit adoptée par le Conseil de sécurité afin d’impliquer tous les Etats pour faire face à cette menace mondiale.



    Beaucoup d’armes arrivent au Mali depuis la Libye. Comptez-vous sur la communauté internationale pour mettre le holà à cette situation ?

    - Bien sûr. D’ailleurs, nous avions très tôt attiré l’attention de la communauté internationale, dès le début de la crise libyenne, sur les risques de dissémination des armes. Vous savez que la Libye est un pays qui a été très armé. C’est un véritable magasin d’armes à ciel ouvert. Avec la crise, ces arsenaux ont été pillés et cela alimente le trafic des armes dans tout le Sahel. Il faut que ce flux s’arrête et le meilleur moyen est de créer les conditions d’une stabilisation en Libye. C’est à ceux qui sont intervenus en Libye d’assurer le service après-vente. Ils ont gagné la guerre, ils doivent désormais gagner la paix et créer les conditions d’une stabilité. En aidant les autorités actuelles à assoir leur autorité sur l’ensemble du pays.

    Une Libye instable créerait la déstabilisation de toute la sous-région. Et il n’est pas dans l’intérêt de l’Europe qu’une région si proche devienne instable.



    Si les négociations n’aboutissent pas et que le Conseil de sécurité adopte une résolution autorisant donc une intervention militaire au Mali, comment voyez-vous celle-ci ?

    - C’est aux chefs d’Etat major de statuer. Je ne peux pas rentrer dans les détails d’une telle intervention. Les pays de la Cedeao ont prévu de mobiliser la force en attente qui va être déployée au Mali. Mais elle aura besoin du soutien logistique des pays occidentaux, européen et américain.



    Vous avez rencontré François Hollande. Il vous a assuré du soutien de la France…

    - Le président Hollande a clairement dit qu’il s’agit d’abord d’un problème africain. Il a aussi souligné que si les Africains soumettent un projet au Conseil de sécurité, alors, la France sera prête à soutenir l’Afrique pour qu’on sorte de la crise.



    Par un soutien logistique uniquement ?

    - Il est prêt à soutenir toute solution qui permettrait de sortir de la crise dans laquelle se trouve le Mali aujourd’hui.



    Vous connaissez François Hollande depuis longtemps. Vous faites comme lui partie de l’internationale socialiste. Cela renforce les liens entre la France et le Niger ?

    - Les relations d’Etat à Etat entre la France et le Niger ont toujours été bonnes. Elles l’étaient avec le prédécesseur du président Hollande et elles le seront encore avec lui. Nous partageons, c’est vrai, beaucoup de valeurs communes. Je le connais depuis plus de dix ans et cela peut permettre de renforcer ces relations entre la France et le Niger, mais les relations ont toujours été tissées très étroitement entre nos deux pays.



    La France a six otages dans la région, vraisemblablement détenus au Mali. Le Niger ½uvre-t-il pour leur libération ?

    - Nous essayons, en effet, de créer les conditions requises pour leur libération qui est tant souhaitée. Quatre de ces otages ont été enlevés sur le sol nigérien et nous nous sentons le devoir de contribuer à une issue favorable. A leur libération. Et nous avons bon espoir.

  • Investiture du gouvernement de l’azawad, vendredi dernier : Après les noms, voici les visages

    Après l’invasion rapide des régions de Kidal, Tombouctou et Gao – avec l’aide notamment du mouvement islamiste Ançardine -, le Mouvement National de Libération de l’Azawad n’a point traîné les pieds pour conforter sa position sur les territoires revendiqués. Une proclamation de la République azawadienne a ainsi été aussitôt suivie de la mise en place d’un gouvernement. Il s’agit d’une équipe de vingt-huit (28) membres où la place est certes faite aux représentants de toutes les ethnies constitutives du septentrion, mais avec une forte prédominance de la frange touarègue – ou du moins de la minorité de touarègue ayant été sensible à la sirène de l’irrédentisme.
    Après la publication d’une première desdits membres, Aurore est en mesure de porter des visages sur les identités, grâce à la photo de famille ci-contre. Elle a été prise, comme il est loisible de le constater, devant le Gouvernorat de Gao où l’administration du MNLA a élu domicile et essaie, contre vents et marées, de s’inscrire dans une logique régalienne avec même la délivrance de laissez-passer en vue contrôler les mouvements entre le territoire occupé et la partie du Mali soumise à l’administration de Bamako.
    Cette photo de famille permet par ailleurs de lever toute équivoque sur le penchant indépendantiste de nombreuses personnalités. On y dénombre, entre autres, des acteurs dont la position était jusque-là ambiguë et peu lisible, à l’instar du Conseiller National Aroudeïni Ag Hamatou, un notable de Ménaka considéré jusque-là comme loyaliste. Les figures les plus ouvertement affichées, longtemps absentes au Mali, ont même effectué le déplacement pour ne pas rater la photo de famille, vendredi dernier, à l’occasion de l’investiture officielle du gouvernement de l’Azawad. C’est le cas de Moussa Ag Assarid, ministre de la coopération internationale, ainsi que de la Conseillère nationale Nina Oualet, seule femme du Gouvernement apparemment.
    Quoi qu’il en soit, la plupart des membres du Gouvernement de l’Azawad demeurent fortement contestés par leurs communautés respectives majoritairement fidèles à la devise d’un Mali et indivisible. C’est le cas de Mohamad Zeyni Aguissa qui est l’objet de cet avis ci-contre, preuve de la rupture évidente entre lui et les siens.

    Avis
    Le chef de village de Forgo songhoy, l’Honorble député Abouzeïdi Ousmane Maïga, informe l’opinion publique nationale et internationale de même que toutes les communautés Songhoy, Peulh, Touaregs et Arabes que le nommé Mohamad Zeyni Aguissa, membre du prétendu Gouvernement de l’Azawad, bien que natif de forgo, n’engage que sa propre personne.
    Par conséquent, ses agissements ne sauraient engager la communauté du village de Forgo et de la commune de Sonni Aly Ber.
    Le chef de village de Forgo Songhoy
    Honorable
    Abouzeïdi Ousmane Maïga

    1.Président: Bilal Ag Acherif
    2.Vice-President : Mahamadou Djeri Maiga
    3.Secrétaire à la Présidence: Mahmoud Ag Aghali
    4. Chargé des relations Extérieures et de la Coopération Internationale : S.E. Hama Ag Mahmoud
    5.Chargé de la Défense Nationale :Colonel Mohamed Ag Najim
    6.Chargé de l’Administration du Territoire : Alla Ag Elmehdi
    7.Chargé de la Sécurité Intérieure : Colonel Hassane Ag Fagaga
    8.Chargé de l’Economie et des Finances : Altanata Ag Ebalagh
    9.Chargé de l’Information : Mossa Ag Assarid
    10.Chargé de la Justice :Saïd Ben Bella
    11.Chargé du Commerce et des Transports : Bilal Ag Ousmane
    12.Chargé de l’orientation et de la Prédication Islamique : Abdallah Ag Albackaye
    13. Chargé des Mines, de l’Energie et de l’Eau : Ahmed Mohamed Ag Guidi
    14.Chargé de la Communication et des Nouvelles Technologies : Mohamed Lamine Ould Ahmed
    15. Chargé des Azawadi de l’Extérieur, des Droits de l’Homme et de l’Action Humanitaire : Ibrahim Ag Mohamed Assaleh
    16.Chargé de la santé et des Affaires sociales : Habitika Ag Assamado
    17.Chargé de l’Education : Monsieur Abdoulkarim Ag Matafa
    18. Chargé de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche : Ghabdi Ag Mohamed Ibrahim
    19.Chargé de la Cohésion Sociale, du Règlement des conflits et de la Réhabilitation de l’Autorité Coutumière : Mohamed Ousmane Ag Mohamedoune
    20. Chargé de la Jeunesse et des Sports : Mohamed Zeyni Aguissa Maiga
    21. Chargé de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme : Aroudeyni Ag Hamatou
    22.Chargé de l’Environnement : Baye Ag Dicknane
    23.Chargée de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille : Nina Wallet Intalou
    24. Chargé des Domaines de l’Etat, du Foncier et de l’Urbanisme : Akli Iknane Ag Souleymane
    25.Chargé Fonction Publique Emploi et formation professionnelle : Abdoulaye Seydou Dicko
    26.Chargé des anciens combattants, des Martyrs et des Victimes de guerre : Youssouf Ag Acheick
    27.Chargé du Plan et de la Statistique : Assarid Ag Mohamed
    28.Porte-Parole du Conseil : Hama Ag Sidahmed

  • Crucifier le CNRDRE : Pour permettre une nouvelle anarchie au sommet ?

    A la faveur d’une rencontre CEDEAO-UA-ONU à Abidjan, la semaine dernière, l’intention a été émise de dissoudre le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE). Le niveau auquel l’idée est nourrie ne peut qu’inspirer de la défiance. Disons qu’en dessous des déclarations de la communauté internationale se trouvent cachées les man½uvres malsaines d’une bourgeoisie malienne en détresse.

    La junte maliene menée par Amadou Haya sanogo, le 3 avril à Kati. © AFP

    L’élan n’est ni plus ni moins qu’un sentiment de mépris qu’on veut entretenir vis-à-vis des gens en uniforme. La tentative avait déjà été faite par la CEDEAO (seule) de casser cet organe ; mais, en vain.

    Les raisons sont connues
    Le CNRDRE est une inspiration de jeunes en uniforme (tous grades confondus) des corps de l’armée et de la sécurité, afin de tirer leur pays des griffes d’officiers généraux et de politiciens véreux de tous les bords. L’objectif de ces jeunes venus un 22 mars était : de sauvegarder l’intégrité territoriale ; lutter contre la corruption sous toutes ses formes.
    Or, nous savons que depuis vingt ans le Mali est à l’école d’une démocratie qui, au lieu d’apporter le bien-être aux Maliens, a servi à justifier le vol, la prostitution, le blanchiment de l’argent sale, le népotisme, la gabegie…Nous ne sommes pas exhaustifs. Retenons que la chute d’ATT est le point de départ d’un processus qui est parsemé d’antagonisme et dans lequel le Mali est désormais engagé.
    Il s’agit d’aller à un changement. Ce changement. Tout peut retarder l’échéance pour ce changement, mais rien ne pourra l’empêcher d’être une réalité. Le phénomène est scientifique (sociologiquement) et on ne peut s’en soustraire ni par l’or, ni par l’argent.
    Nous savons que la bourgeoisie malienne ne baissera jamais aussi facilement la garde. C’est pourquoi nous pensons que la volonté de dissoudre la ‘’sentinelle’’ du Redressement est suspecte.

    Mais, en quoi le CNRDRE gênerait-il la conduite de la transition ?
    On ne le sait pas ! Après tant de concessions faites par le CNRDRE pour un climat politique apaisé. Le jeu est compréhensible dans un espace politique comme le nôtre. C’est une bourgeoisie qui est derrière… elle est composée de gros acteurs économiques et de grands fonctionnaires- milliardaires- qui étaient au sommet de l’Etat depuis dix, quinze, vingt années. Ils ne sont pas prêts d’abandonner leur pratique criminelle, or, le seul organe susceptible de les contrarier est ce Comité de jeunes militaires issus du peuple meurtri.

    Ainsi, ce qui énerve le plus c’est de parler du capitaine Amadou Haya et de son équipe comme s’ils n’étaient pas, eux, maliens. On peut demander aux membres du CNRDRE de ne pas poser d’acte politique en tant que tel. Mais on ne peut ni ne doit les empêcher de donner leur avis sur la gestion des affaires de la Nation ; ils sont Maliens avant d’être militaires. Ils ne sont pas faits que pour aller en guerre. Du reste, parler de la dissolution du CNRDRE est une attitude d’exclusion, anti-démocratique.
    Nous analysons la question au travers de ce qu’elle cache. Vouloir mépriser l’armée de cette façon est une lâcheté que Le capitaine Sanogo et les siens ne doivent pas accepter.

  • En exclusivité : La liste des « bérets rouges » détenus ou en cavale dans la nature

    L’affaire dite des « bérets rouges » est assez connue pour qu’il ne soit point besoin, ici, de la raconter à nouveau. Il suffit de rappeler qu’elle implique le Régiment des Commandos Parachutistes de Djicoroni qui, sous la conduite de l’ex-chef de la garde présidentielle d’ATT, le colonel Abidine Guindo, a tenté de liquider militairement la junte du capitaine Amadou Haya Sanogo.

    Depuis l’échec de la fameuse équipée, une chasse à l’homme est lancée contre les « bérets rouges ». Ceux qui, à la demande de la junte, se sont docilement fait enregistrer dans les locaux de la gendarmerie la plus proche ne sont plus inquiétés, considérés par la hiérarchie comme ayant simplement agi sur ordre de leurs chefs. Quant aux « bérets rouges » qui ont disparu dans la nature ou qui passent pour avoir initié la sanglante opération commando qui a failli emporter Sanogo et les siens, ils font l’objet d’actives poursuites judiciaires. En effet, par réquisitoire en date du 26 mai 2012, le procureur de la République près le tribunal de première instance de la commune 3 de Bamako, Sombé Théra, a demandé l’ouverture d’une information judiciaire contre eux pour des infractions dont la liste menace d’épuiser le repertoire pénal: atteinte à la sécurité intérieure de l’État par l’emploi illégal de la force armée, association des malfaiteurs, assassinat, coups et blessures volontaires, vol, détention illégale d’armes de guerre et complicité de ces infractions.

    Sur le fondement de ce réquisitoire, le juge d’instruction Adama Fomba, connu pour avoir la main lourde, a décerné un plein panier de mandats de recherche ou de dépôt. On notera qu’en réalité, les « bérets rouges » que le juge a pu mettre sous mandat étaient déjà détenus par la junte: le mandat de dépôt a tout simplement donné une couverture légale à leur incarcération préalable. Quant à ceux qui se trouvent en fuite (et ce sont les plus gradés !), il n’est pas certain qu’on les retrouve de sitôt : les peines qu’ils encourent ne sont pas de nature à donner envie de rentrer au bercail. L’assassinat, c’est-à-dire le meurtre prémédité, emporte à lui seul la peine de mort. Sans compter l’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat et l’association de malfaiteurs, infractions dont l’addition s’annonce salée, surtout dans un contexte de prédominance politique des militaires, voire de guerre.

    Or donc, Procès-Verbal, comme à son habitude, a fouiné dans les cachettes et mis la main sur la liste des « bérets rouges » poursuivis et leurs complices présumés – parfois des policiers. Ceux qui ont été arrêtés et détenus sont les suivants : général de brigade Hamidou Sissoko dit Man, Colonel Abdoulaye Cissé, commandant Rabba Abder Kader Coulibaly, Commandant d’aviation Mamadou Lamine Konaré (le fils de l’ancien président Alpha), lieutenant Aly Traoré, Mohamed Ismaël Kanouté (grade inconnu de votre journal), Abdoul Wahab Coulibaly (grade inconnu), Adama Siriman Coulibaly dit Chine (grade inconnu), Ismaël Traoré, Abib Oueloguem (grade inconnu), sergent de police Morro Diallo, Mamadou Sissoko (grade inconnu), sergent Abdoulaye Doumbia, Ballasine Bathily (grade inconnu), Oumar Sanogo (grade inconnu), soldat de 2ème classe Mamadou S. Koné (grade inconnu), Barry Diakité (grade inconnu), Mohamed Diarra (grade inconnu), Adama Diakité (grade inconnu), Massa Sogoba (grade inconnu), Seydou Coulibaly (grade inconnu), soldat de 2ème classe Moussa Niaré (grade inconnu), sergent Boubacar Ouattara, Amadou Camara (grade inconnu), Youssouf Maiga (grade inconnu), Oumar Coulibaly (grade inconnu), Fodé Kéita (grade inconnu), Amadou Bouba Coulibaly (grade inconnu), Issiaka Diarra (grade inconnu), Oumar Samaké (grade inconnu), Moussa Bamba (grade inconnu), Tidiane Maiga (grade inconnu), Youssouf Moussa Ouattara (grade inconnu), Sory Ibrahim Diarra (grade inconnu), Mamady Sangaré (grade inconnu), sergent stagiaire de police Adama Tinto.

    Les « bérets rouges » qui ont pu faire un salutaire usage de leurs deux jambes et que nul n’a pu rattraper sont les suivants: colonel Abidine Guindo (le grand chef de la bande), lieutenant-colonel Louis Somboro (adjoint du premier nommé), capitaine Sékou Allaye Diakité, capitaine Bekaye Samaké, capitaine Moustapha Samaké, capitaine Alou Ongoiba (fils de l’ex-ministre de l’intérieur Issa Ongoiba), capitaine Abdoulaye Traoré, lieutenant Sadio Dicko, lieutenant Moussa Traoré (pas l’autre, le général, hein!), Seydou Guindo (grade inconnu), sous-lieutenant Mamadou Doumbia, adjudant-chef Yaya Bouaré, Seydou Alkaka (grade inconnu), Adjudant Amadou Yalcoué, Yamani Diarra (gradce inconnu), adjudant-chef Yaya Sanogo, major Fatoumata Ballo (une Dame Courage, n’est-ce pas ?), Siriman Daou (grade inconnu), sergent- chef Issiaka Maiga, adjudant Allassane Badou Djiré, caporal Mamadou Sidibé.

    Pour récapituler, 36 « bérets rouges » sont à ce jour en fuite et 57 en détention. Du beau monde, en somme, dont le sort sera réglé par une cour d’assises, les faits poursuivis étant de nature criminelle. Les observateurs se posent toutefois de nombreuses questions. Pourquoi avoir amnistié les putschistes et ne pas faire bénéficier les « bérets rouges » de la même mesure de clémence, surtout que les deux groupes sont tous militaires et ont tous porté atteinte à la sécurité de l’Etat ? L’armée va-t-elle définitivement se passer des services des « bérets rouges » quand, plus que jamais, le pays a besoin de tous ses militaires pour bouter les rebelles hors de nos trois régions septentrionales ? Comment dormir sur ses deux oreilles dans un pays dont une multitude d’officiers armés restent introuvables ?

  • Depuis le coup d’Etat du 22 mars 2012, c’est une chape de plomb qui semble s’abattre sur les populations de Bamako. Des militaires, armés souvent jusqu’aux dents, sous le commandement d’on ne sait quelle autorité, terrorisent les paisibles populations en procédant, à longueur de semaines, à des heures indues, sans aucun mandat les y autorisant, à des arrestations intempestives. Tel est le cas de l’homme d’affaires Hamadoun N’Daou dit Afourou, enlevé à son domicile, le samedi 9 juin 2012 aux environs de 21 heures et détenu jusqu’à ce jour dans un lieu secret, sous la houlette de la Sécurité d’Etat. Ses avocats viennent d’adresser une vive protestation au ministre de la Justice. » Il faut que ça s’arrête ! « , martèlent Mes Magatte Séye, Moussa Maïga, Mohamed A. Bathily et Balla Séye.

    Le ministre de la Justice, Malick Coulibaly

    Dans une lettre de protestation qu’ils ont adressée le 13 juin dernier au ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Malick Coulibaly, dont nous avons pu nous procurer une copie, les avocats constitués par le transitaire et homme d’affaires Hamadoun N’Daou dit Afourou ne passent pas par quatre chemins pour cracher leur colère dans cette affaire. Il s’agit de l’affaire Ministère public contre Hamadoun N’Daou dit Afourou que l’on dit proche du l’ancien président Amadou Toumani Touré.

    Selon les avocats, le samedi 9 juin 2012, aux environs de 21 heures, M. Hamadoun N’Daou dit Afourou a été interpelé à son domicile à Faladié par des militaires puis conduit à la Sécurité d’Etat. Cette arrestation s’apparente, nous a expliqué un pénaliste chevronné, à un enlèvement pur et simple ; du fait non seulement de l’heure indue à laquelle elle a été opérée mais aussi du fait que ce sont des militaires dépourvus de mandat à cet effet qui y ont procédé.

    Et le porte-parole des conseils (avocats) constitués par la famille de l’homme d’affaires d’indiquer au ministre de la Justice : « Les causes de son arrestation me sont à ce jour inconnues. Cependant, j’ai adressé une lettre de constitution à Monsieur le Directeur général de la Sécurité d’Etat et aux Procureurs des communes III et IV du District de Bamako. La même lettre vous a été adressée pour information. Malgré tout, il reste impossible de voir mon client qui est complètement coupé de sa famille et de toutes ses connaissances. Je ne sais pas dans quelles conditions il est détenu ni sur quelle base « . Ainsi, un citoyen, chef de famille jouissant du droit constitutionnel de la présomption d’innocence est, de cette façon cavalière, arraché à l’affection des siens sans que ceux-ci aient le minimum d’information le concernant.

    Me Magatte Séye d’expliquer avoir pris toutes les initiatives sans parvenir à entrer en contact avec son client. « J’ai quand même pris l’initiative de me présenter le mardi 12 juin 2012 à 16h30 mn à la Sécurité d’Etat et ai demandé à avoir un entretien avec mon client. Après m’avoir fait patienter, il m’a été annoncé que pour avoir un entretien avec mon client, il fallait d’abord obtenir un rendez-vous avec le Directeur général de la Sécurité d’Etat et que ce dernier était absent du bureau ! », explique Me Séye.

    Il a alors appelé le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, à constater ce règne de l’arbitraire qui se poursuit depuis plus de deux mois. « Monsieur le ministre, il s’agit là d’une violation flagrante des dispositions de l’article 9 de notre loi fondamentale, la Constitution du 25 février 1992 et une entrave intolérable au bon fonctionnement des institutions judiciaires. De plus en plus, les libertés fondamentales des citoyens se trouvent violées au vu et au su de tous, sans que les autorités compétentes ne réagissent« , a-t-il dénoncé avant de lancer un appel au militant des droits de l’homme qu’est le ministre Malick Coulibaly. Faut-il rappeler que dans une récente interpellation, Me Magatte Séye avait déjà sonné l’alerte auprès du ministre de la Justice par rapport aux mauvaises conditions de détention des militaires détenus à Kati dans l’affaire des bérets rouges?

    Ce brillant avocat, que plusieurs observateurs qualifient de « Me Vergès malien « revient donc à la charge : « Je fais encore une fois appel à votre autorité de chef du département de la justice pour faire immédiatement cesser ces pratiques d’un autre temps. A ce que je sache, la sécurité d’Etat n’est pas un service habilité à mener des enquêtes préliminaires, ni à garder au secret des citoyens maliens.

    Je vous en conjure, Monsieur le Ministre, ne laissez pas tout le chemin parcouru pendant vingt ans de démocratie se perdre dans les ronces, veillez à ce que les Maliens, tous les Maliens bénéficient non seulement de la présomption d’innocence mais aussi d’un traitement correct et équitable devant la loi. Recadrez s’il vous plaît toutes ces « autorités » qui s’érigent en police judiciaire pour ne pas dire en justiciers, il en va de notre sécurité à tous « , a-t-il conclu.

    Comme on le voit, cette protestation relance le débat sur la chape de plomb que les militaires ont fait tomber sur le pays. La terreur est perceptible à chacun de leur passage. Veulent-ils s’ériger en véritables bourreaux du peuple au moment où ils ont plus que besoin de la solidarité et de la mobilisation populaires pour aller libérer les régions du nord occupées?

    Comment comprendre qu’il y ait à Bamako et à Kati des « pôles d’autorités » mis en branle à loisir pour aller enlever tel ou tel citoyen et l’amener où l’on veut sans aucun titre juridique dans ce sens ? Comment comprendre que la semaine passée, sans l’autorisation des autorités gouvernementales, des militaires armés jusqu’aux dents, soient allés intimider les journalistes d’Africable à propos de la diffusion d’une interview ? Quelques jours plus tard, le Gouvernement sort un communiqué condamnant l’acte et annonçant une enquête pour identifier les auteurs de cette violation de la liberté de la presse.

    Les hommes de droit profitent de cette affaire Hamadoun N’Daou dit Afourou pour appeler les populations et différents corps de l’Etat à s’organiser pour résister à de tels actes d’intimidations et d’arrestations arbitraires en exigeant des mandats ou des convocations en bonne et due forme, à ameuter tous les habitants des quartiers à chaque visite suspecte des militaires dans les concessions. La question se pose aussi de savoir au nom de quoi des « autorités » comme la Sécurité d’Etat se constituent pour être complices de ces enlèvements qui ne feront que retarder la «fréquentabilité» du Mali aux yeux des pays occidentaux, aux yeux des partenaires. Ces pratiques jurent avec l’Etat de droit auquel nous aspirons tous. Pour une vie paisible en société.